avril 06 2015 0Commentaire

L’organisation de l’espace touristique béninois

Il semble que l’on s’oriente, au niveau national, au partage du pays en grands espaces à vocation touristique différentielle : une zone sud où les tourismes culturel, balnéaire (bien que la barre autorise peu la baignade) et d’affaires dominent (Cotonou, Porto-Novo, Abomey, Ouidah, Ganvié) ; une zone nord qui veut devenir un pôle touristique de grand intérêt en Afrique de l’Ouest – surtout dans l’Atakora qui, depuis 1991, possède une Agence Régionale de Développement du Tourisme (Ardet-Atakora), soutenue par l’Agence Française de Développement et divers bailleurs de fonds dont la Banque mondiale. L’intérêt majeur est le tourisme de vision et la chasse sportive dans le Parc de la Pendjari, considéré par les spécialistes comme la plus belle réserve naturelle d’Afrique de l’Ouest. Elle fait partie depuis 1986 du réseau mondial Réserve de la Biosphère de l’UNESCO ; la zone centre n’a qu’une vocation touristique d’affaires et/ou d’agrément en des points particuliers : c’est surtout une zone de transit dominée par Parakou (département du Borgou) où l’agro-alimentaire est important. L’hébergement y est d’ailleurs encore modeste (tableau III). Quelques sites particuliers à très forte fréquentation ponctuelle demandent une valorisation, notamment le site de pèlerinage de Dassa, matérialisé par la grotte Arigbo dédiée à la Vierge (elle y aurait fait une apparition) et le site historique de Nikki, ancienne capitale d’un royaume au XVIe siècle, dirigée par les Bariba venus du Nigeria.

29Les départements du sud du Bénin (Littoral, Atlantique, Ouémé, Mono) retiennent le plus de touristes et ce n’est pas un hasard. Cotonou, capitale économique du pays avec presque un million d’habitants, est le point de passage obligé du flux touristique. Plus africaine que Lomé, cette ville n’invite pas à un tourisme urbain intense malgré quelques villas et bâtiments coloniaux près du littoral ; quelques plages (encore que le mot ait peu de sens ici) ont été plus ou moins aménagées, comme celle de la Crique près de l’hôtel PLM Azur Aledjo, géré par le groupe ACCOR. Ce sont les sites précoloniaux en bon état de conservation qui attirent : il s’agit du triangle historico-culturel d’Abomey – Ouidah – Porto-Novo, des villes largement impliquées dans le commerce des esclaves16. Les cordons littoraux, lagunes et lacs qui s’étendent sur les 125 km de la plaine côtière sont de plus en plus fréquentés, notamment quelques sites balnéaires comme Djegbadji à 3 km de Ouidah, la presqu’île d’Avlo près du delta du Mono, et la plage à Grand-Popo, où la barre est très forte. Cependant un site l’emporte de très loin : Ganvié baptisé « la Venise Africaine », grande cité lacustre de plus de 30 000 habitants selon le dernier recensement en date (2002), sur le lac Nokoué au nord de Cotonou (fig. 5) qui vit essentiellement de la pêche lagunaire17. Environ 15 000 touristes visitent chaque année ce site qui devrait prochainement être inclus dans la déjà très longue liste des sites du Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO. En décembre 1996 a eu lieu le premier Festival culturel des Populations Lacustres (FESTPOLAC) du Bénin : il s’est déroulé à Ganvié pour mieux faire rayonner cette culture méconnue de manière internationale, et a été financé à 50 % par l’UNESCO.

30Nous constatons que ce sont souvent les mêmes lieux depuis le milieu des années 1990 qui sont programmés par les voyagistes généralistes ou spécialistes qui proposent l’Afrique de l’Ouest (fig. 6). Mais Ganvié, qui est le site phare du Bénin, ne peut résumer à elle seule le patrimoine culturel du pays (sans équivalent dans la région ouest-africaine), ce qui est l’avis de beaucoup d’historiens de l’art spécialisés sur l’Afrique noire. D’après les tarifs de la saison 2001-2002, le Bénin peut devenir une destination abordable en « moyenne gamme », puisque pour 8 jours il faut compter un forfait de 1 200 e avec le vol et au moins la demi-pension.

31La deuxième région touristique est à ce jour l’Atakora grâce au Parc de la Pendjari (fig. 2) : d’une superficie de 275 000 km2, il est situé entre la chaîne de l’Atakora et la rivière de la Pendjari qui forme frontière avec le Burkina Faso. Sa principale attraction est ses 40 000 mammifères qui y évoluent18, en grand danger au début des années 1980, à la suite des sécheresses redoublées, de la dégradation du milieu essentiellement due au brûlis et au braconnage. Celui-ci a été restauré et aménagé après 1985 grâce à la Communauté Économique Européenne (aujourd’hui Union Européenne). Il connaît un triplement de sa fréquentation depuis le début des années 1990 grâce à la politique menée par l’Ardet-Atakora pour valoriser le parc. Malgré tout, nous pouvons déplorer que cela soit en grande partie les résidents étrangers de la sous-région qui profitent de congés pour se rendre dans ce parc pour le tourisme de vision. Au sud, des habitations très originales attirent les touristes : ce sont les Tata des Somba (cases fortifiées avec des terrasses) et les cases rondes des Tanéka (Tanéka-Koko et Tanéka-Berni). Certaines cérémonies d’initiation sont ouvertes aux touristes.

32Le reste du pays est encore à défricher sur le plan touristique (surtout le Borgou et le Zou-Nord). Le Parc du W, à cheval sur le Bénin et le Niger, n’a pas encore fait l’objet d’une mise en valeur du côté béninois mais des organismes internationaux, comme le World Wildlife Fund (WWF) s’y intéressent depuis peu19. En saison sèche, on peut y voir beaucoup d’éléphants entre Kandi et Malanville au niveau d’Alfakouara où un mirador a été aménagé (271 touristes ont visité ce site de vision durant la saison 2000-2001) ; deux milliards de francs CFA ont été débloqués avec l’aide des bailleurs de fonds (Banque mondiale, Union Européenne, Pays-Bas et France) pour doter d’infrastructures d’hébergement ce parc du Nord-Bénin. Malgré un hébergement suffisant à Parakou et Dassa Zoumé, les sites qui pourraient faire l’objet d’un tourisme de circuit, c’est-à-dire de découverte et d’aventure, ne sont pas aménagés et à l’écart des grands axes routiers (Savalou, Savé, Bembéréké…).

 

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