mars 15 2019 0Commentaire

DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR CULTUREL ET TOURISTIQUE AU BÉNIN : LA FILIÈRE HÔTELLERIE, TOURISME ET RESTAURATION PREND SON ENVOL À L’UAC

Bonne nouvelle ! La France a décidé de restituer une partie des biens culturels soustraits au peuple béninois lors de la période coloniale.

Cette option salutaire à laquelle accède le Bénin vient rencontrer la volonté des décideurs du pays depuis des années et plus récemment le gouvernement de la Rupture à travers le PAG, de promouvoir le tourisme, la culture et leurs dérivés afin d’instaurer une réelle économie touristique. C’est ainsi que depuis cinq (05) années, l’Université d’Abomey-Calavi a institué une Licence en hôtellerie, tourisme et restauration avec l’appui de la Coopération belge. La vision est d’instaurer plus tard une Haute Ecole de l’Hôtellerie, du Tourisme et de la Culture à Ouidah.

«Technologie culinaire et élaboration de menus », c’est la discipline qu’enseigne dame Angèle Djimon. Mais ce jeudi 17 janvier 2018, pas de cours, mais plutôt une séance de travail au rectorat. Comme elle, le docteur Expédit Vissin se presse sous le regard de Emmanuel Devroye, référent Haute école en gestion hôtelière de l’UAC pour la Coopération belge. L’odeur qui se dégage de la cuisine de pratique du restaurant d’application ne suffira pas à les distraire. Apprenants et enseignants sortent de trois jours d’intenses travaux dont il faut rendre compte à l’équipe rectorale ainsi que de l’état d’avancement des activités dans cette pépite d’or des formations de l’UAC. Avant que le gouvernement de la Rupture ne déclare prioritaire ce secteur, l’UAC avait déjà planté les graines d’une formation professionnelle dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie grâce à l’appui du projet ARES en consacrant une Licence. Aujourd’hui, les graines ont fait germer deux Licences : l’une en Hôtellerie et Tourisme depuis cinq (05) ans et l’autre en guidage touristique depuis octobre 2018. « La Licence en Hôtellerie et Tourisme forme des spécialistes en hôtellerie et restauration et en tourisme et loisirs. Deux filières qui sont complémentaires, car l’hôtelier a besoin des atouts touristiques pour rentabiliser son hôtel et le gestionnaire des sites touristiques a besoin d’avoir des accords de coopération avec des hôteliers pour un bon accueil des touristes qui viennent », a expliqué à Educ’Action, Expédit Vissin, coordonnateur de la formation. Il précise aussi que « le guidage touristique est une filière indispensable pour assainir le secteur parce que jusqu’à aujourd’hui, les guides qui sont sur le terrain sont des guides formés sur le tas. Il n’y a pas de guides professionnels ». Objectif : aider le secteur surtout que l’État béninois en a désormais fait une priorité, selon le coordonnateur. Pour faire de ce rêve une réalité, la formation vise une employabilité directe des apprenants.

Viser la professionnalisation et l’autonomie des apprenants

Vu de dos, il manipule les ustensiles de cuisine avec aisance comme le font beaucoup de femmes ou de filles. D’ailleurs, avec sa coiffure à ras, on le croyait bien une étudiante en formation en restaurant. Mais la surprise a été grande dès qu’il s’est retourné. Célestin Odo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est passionné de cuisine depuis son jeune âge. Après un court séjour au Lycée d’enseignement familial où il a suivi sa formation de base, il atterrit au Lycée technique d’Amitié Sino-Béninois d’Akassato, faisant des tout premiers à déflorer les installations de ce lieu du savoir technique. Aujourd’hui, il prépare sa soutenance de Licence sous le thème : « Le système d’information géographique touristique », c’est-à-dire la cartographie des sites touristiques. « J’ai choisi la commune de Natitingou pour mon stage, car c’est une commune qui regorge de nombreux sites touristiques qui ne sont pas valorisés. Avec les TIC, quelqu’un depuis chez lui peut visiter tout ce qu’il y a comme sites touristiques grâce à une plateforme », a-t-il soutenu pour étayer la portée de son travail. Sans être géographe, Célestin explique qu’il a utilisé un GPS pour répertorier les sites touristiques de Natitingou et cela grâce au cours de cartographie et de relevés topographiques dispensés au cours par le professeur Tchaparou Abdoulaye. En effet, la formation ici est complète et axée sur la professionnalisation comme l’explique le professeur Expédit Vissin. « Nous avons quatre (04) salles de cours qui sont occupées en matinée par les étudiants en Licence. L’après-midi, ils sont tous en pratique et ce durant toute l’année. Il n’y a pas de cours en continu, ni de cours de rattrapage. Ils font la pratique et la théorie. C’est pour cette raison que le restaurant est créé. Ainsi, à la fin de la formation, ils pourront maîtriser les notions de base non seulement de la cuisine, mais aussi du restaurant et de l’agent de tourisme », a fait savoir Expédit Vissin. Il ajoute, par ailleurs, qu’ « ici, ils font tout, de la plonge à la cuisine en passant par le service et ils parcourent tous les départements. Nous les formons pour qu’à leur sortie, ils aient les compétences et les armes qu’il faut pour gérer leurs entreprises et participer au développement de notre pays ». En ce qui concerne le corps enseignant, le coordonnateur soutient qu’il est constitué à 60% de praticiens. D’ailleurs, ces praticiens ont été les chevilles ouvrières de la mise en place de cette formation. Selon lui, « c’est avec l’appui des professionnels que nous avons initié cette offre. Ils devaient être là pour nous dire comment s’articule le secteur et de quoi avons-nous besoin pour mettre en place les compétences requises. Cela n’a pas été facile pour nous de valider une offre qui réponde aux besoins du marché car, c’est par rapport à cela que nous avons défini les compétences ». En plus d’être référent, Emmanuel Devroye a eu l’occasion de « dispenser des cours de cuisine durant deux (02) jours et le lundi, je donne un cours d’analyse financière en gestion ». Comme lui, nombreux sont les enseignants et professionnels de divers domaines qui interviennent pour aider cette formation à grandir dans son environnement.

Une marche difficile vers la Haute Ecole de l’hôtellerie, du tourisme et de la culture

« C’est un secteur qui est vierge. Le tourisme par exemple est un secteur qui n’est pas encore mis en valeur. Nous avons trop de sites encore inconnus et des sites non viabilisés ou des sites qu’il faut réhabiliter ou valoriser. Il y a du travail. Est-ce que les hôtels béninois fonctionnent correctement ! C’est un secteur dans lequel il y a encore beaucoup à faire. Le Bénin ne profite pas encore de son patrimoine naturel, culturel et cultuel. Ce sont des choses qu’il faut valoriser pour attirer les touristes. Mais qui va le faire ? C’est ceux-là que nous sommes en train de former ». Il s’agit d’un constat du coordonnateur. Raison pour laquelle l’homme ne s’inquiète pas du tout de l’insertion des étudiants. A l’en croire « A travers les stages, les étudiants se fixent déjà car, ils gagnent des contrats puisque les entreprises ont besoin de gens bien formés. Or, ceux qui sont sur le terrain ont été formés sur le tas donc, ils ne maîtrisent pas toujours les notions de base du métier ». Malgré les difficultés infrastructurelles et financières du moment, l’équipe qui dirige la formation voit loin et grand. « A travers cette formation, nous projetons créer la Haute Ecole de l’Hôtellerie, du Tourisme et de la Culture à Ouidah. Le site est déjà disponible et la plaque est déjà posée sur le site. Le projet est en cours pour que nous puissions avoir à terme une école sous-régionale qui pourrait accueillir les enseignants et étudiants venant des autres pays de la sous-région. Sur ce campus, nous aurons un hôtel d’application, un restaurant pratique, les salles de cours, les résidences universitaires et le centre culturel. Tout ce qu’il faut pour un campus-école à l’image de ce que nous avons vu en Europe », a conclu le professeur Expédit Vissin qui conduit une équipe logée dans des bureaux en matériaux préfabriqués peints de jaune, situés derrière l’ILLACI et l’amphi UEMOA en attendant la fin de la construction du bâtiment abritant les Master de la même formation.

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obed

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